Levées vers 09h00, je préfère boucler mes valises avant le petit déjeuner : aujourd'hui nous prenons le bus VIAZUL en direction de TRINIDAD. Distance : 350 km - Durée du trajet : 5h30.
Je m'arc-boute sur mon gros-sac-soute-de-20-kg et sur mon moyen-sac-cabine... Je ne comprends pas pourquoi tout ne rentre plus ! Il n'y a pas plus, il n'y a pas moins. Et pourtant ! C'est mathématique. C'est logique. Ce qui est sorti doit rentrer. Il n'y a pas eu de réactions chimiques entre temps dans mes vêtements. Pourquoi tant de haine...
Finalement j'ai maté le destin de mes bagages : ils me suivront jusqu'à Trinidad, bouclés. Il faut quand même savoir que Valérie aussi a galéré : son sac-à-dos-multi-poches-en-haut-et-en-bas-même-sur-les-milieux ne voulait pas non plus ingurgiter tout ce qu'elle lui redonnait... Mais elle a vaincu... C'est vrai que c'est important de faire comprendre à la bête qui commande... Et finalement, à force de sauter dessus, ça marche.
Après avoir pris notre petit déjeuner, comme c'est le jour de notre départ, Manuel vient vers nous et prend du temps pour parler avec nous (euh... avec Valérie...). Discussion sur le système politique cubain. Cela doit être gravissime car il baisse la voix. Instinctivement, Valérie aussi. Sommes-nous épiés ? Micros ? Webcam ? Agent 007 ? Inspecteur gadget ?... Juste une grosse clim qui bourdonne derrière le mur de notre chambre...
Manuel nous explique qu'internet à la maison est interdit à Cuba, sauf pour ceux autorisés à s'en servir dans l'exercice de leur fonction. Il nous confirme que Cuba est bien coupée du monde, que ce n'est pas normal, que le peuple le sait. Lui a plus de chance que d'autres puisque grâce aux touristes qui viennent le voir, petit à petit, pièce par pièce, il a réussi à se procurer un ordinateur, un écran, un clavier, une souris, un modem 56k. Il peut maintenant se connecter. Mais cela reste difficile car internationalement, internet est géré à 18 méga... Tous les sites sont faits pour la puissance de la toile et des navigateurs. Ce petit modem 56k rame péniblement (et réellement à 31000 bauds...). Vous vous souvenez il y a une dizaine d'années ?
Très gentiment il nous propose de consulter nos mails... 10 minutes pour ouvrir la page d'accueil de mon fournisseur d'accès, 20 minutes pour accéder à la page "écrire un e-mail"... Du coup j'envoie un mail collectif à mes minus, sans chercher dans le répertoire d'autres adresses pour d'autres mails. J'abandonne vite fait le projet de visualiser mes mails... J'essaie de savoir comment il paie sa connection. Au forfait ? Au timming ? Il ne veut pas nous dire.
Puis, il nous propose d'appeler un taxi pour nous emmener au bus VIAZUL, de téléphoner à la dame de Trinidad (merci Juanito) pour confirmer notre arrivée de ce soir... Et quand nous lui demandons combien nous lui devons, il ne veut rien entendre. Nada !
Merci Manuel. Super gentil.
11h00 : le taxi klaxonne. Oui oui on vient. Nous voici, nous voilà !!
Nous sortons avec Manuel de la casa, armées jusqu'aux dents de bagages... Très gentiment, Manuel me porte mon gros sac... Valérie devra assurer elle-même son sac à dos... déjà sur le dos ! C'est vrai que là, il y a du parti pris. Mais bon. On ne peut pas tout avoir. La discussion ou les biscotos... Faut choisir.
Abrazos... Hasta otra miercoles... Ciao ciao !
Départ du taxi.
10 minutes plus tard : nous arrivons au terminal du bus VIAZUL.
C'est incroyablement plus rapide qu'à pieds.
Presque 2 heures d'avance sur le départ (fixé à 13h00). Nous en profitons pour photographier et filmer la station, un peu pour donner une image, une couleur de l'ambiance présente. Puis direction le bar-cafétéria à l'étage pour se restaurer, et aussi acheter une collation pour le voyage. Surtout de l'eau.
Vers 12h00 nous mettons nos bagages en "embarquement" (comme pour l'avion). C'est rigolo. Les sacs sont balancés sur des gros chariots qui eux mêmes sont acheminés vers les bus correspondants. Pourvu que nos sacs soient dans le bon bus.
Vers 13h00 nous partons. Le guide du routard signalait une très bonne climatisation dans les bus VIAZUL et même de prévoir une petite laine.
C'est vrai. J'ai vraiment voyagé avec mon pull à col roulé d'hiver en France.
Ce bus est spécial.
Nous avons payé notre billet pour avoir accès à un bus (ben oui), avec des toilettes (bouchées et qui puent), et des TV (les TV y sont mais pas les fils). Si en plus fallait demander les fils... Pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt ?
Pour comble de malheur, les sièges sont très en hauteur. Mes pieds ne touchent pas par terre quand je suis assise. J'ai 6 ans. Manquait plus que ça.
Je place mon sac-cabine devant mon siège et pose les pieds dessus. Pas très propre pour le sac, mais au moins, le sang circule dans mes jambes ! Il n'y a que moi à avoir des petites jambes dans ce bus ?
Courage. Plus que 5h00 de trajet...
Nous sortons de Habana. Petit à petit nous quittons ce paysage urbain pour nous retrouver dans une ambiance très luxuriante et verdoyante. Magnifique.
A mi-chemin, en pleine cambrousse, nous nous arrêtons à une casa Artex. Le chauffeur nous annonce que nous sommes attendus pour nous désaltérer et que des toilettes sont à notre disposition.
Ah ! Ca, c'est une bonne nouvelle.
Ah peine descendues du car, qu'on nous balance de la salsa dans les oreilles (on peut acheter des CD et autres choses...), qu'on nous ouvre des portes avec de grands signes (Mme Pipi est là aussi avec son assiette pour les pourboires) : nous pouvons nous restaurer car ici on accepte les cuc.
Ah ces cubains... Ils perdent pas le nord...
10 minutes plus tard, nous reprenons la route.
Nous traversons Cienfuegos (qui ressemble à Trinidad mais en plus grand, dirait-on).
18h30 : nous arrivons à Trinidad.
J'ai le coeur qui bat très fort. Ca y est. Je suis à Trinidad.
Des personnes courent autour du car pendant qu'il se gare, en agitant des photos et des titres de casas particulares. C'est ça les jineteros ?
Tout à coup, nous apercevons un cubain qui tient haut la main un panneau marqué de nos prénoms, en espagnol s'il vous plait : SYLVIA y VALERIA.
C'est pour nous !
C'est Gustavo.
Cela nous fait sourire. Nous lui adressons un petit geste pour lui faire comprendre que "c'est nous". Gustavo nous répond aussi par geste "ok". Jusque là, nous nous comprenons sans quiproquos. Tout va bien.
Une demi-heure pour récupérer nos sacs en soute du car. Petit détail : quand on me donne mon sac, on m'accroche le poignet pour attirer mon attention. Il y a une casquette prévue pour recevoir un pourboire pour le chauffeur qui nous donne nos bagages. Forcément. Bien sûr.
Je prends mon air le plus faussement "au courant" et "oui oui je reviens". Tout le monde doit faire de même car on n'essaie même pas de me retenir.
Je comprendrai plus tard que je viens de faire une gourde. Le pourboire fait partie du salaire du chauffeur. Quand on sait pas...
Nous rejoignons Gustavo, notre logeur de Trinidad (encore merci Juanito). Cette casa nous a été trouvée en 48 heures par l'intermédiaire des anciens logeurs de Juanito. Nous aurions du loger dans la famille de Franck, musicien d'un groupe cubain rencontré l'été dernier en France. J'avais demandé à Valérie si elle pouvait assurer la communication téléphonique (en espagnol) avec la famille de Franck. Nous avions réussi à les joindre en pleine après midi de chez moi. Mais c'était trop tôt pour eux. Il fallait les rappeler vers 21h00 heure française minimum. Valérie m'avait dit qu'elle le ferait de chez elle... Mais elle n'a pas réussi à les joindre.
C'est pourquoi, à la dernière minute, les plans ont été changé... grâce à Juanito qui a téléphoné pour moi à sa logeuse à Cuba, qui elle-même nous a recherché une autre casa sur Trinidad (elle avait déjà du monde chez elle) avec des indications bien précises sur le prix et la localisation données par Juanito.
Nous faisons donc la connaissance de Gustavo, qui nous présente aussi William. William est un copain de Juanito. J'avais accepté que nous soyons mises en contact avec William afin de faciliter notre introduction à Trinidad.
Gustavo nous explique que William vient nous chercher chez lui à 20h30 pour nous emmener danser ce soir. Valérie écarquille les yeux de surprise. Quant à moi, j'ai envie de sauter en l'air de bonheur. Enfin de la Salsa !! A tout à l'heure William.
Le trajet jusqu'au domicile de Gustavo restera dans nos mémoires, je pense, plus particulièrement pour Valérie...
Gustavo est venu nous chercher en side-car.
Sur ce side-car, nous serons donc 3 êtres humains, et 4 sacs. Ca n'a pas été facile mais nous y sommes arrivés.
Côté "side", mon sac voyage-soute sers de matelas. Je m'asseois dessus en tailleur avec mon sac cabine sur le dos et le petit sac de Valérie sur mes genoux.
Côté "car", Valérie s'asseoit sur la selle "passager", derrière Gustavo, et son gros sac de voyage, à cheval sur l'arrière du "side" dans mon dos. Je tiens de la main gauche son sac de voyage.
Valérie n'est jamais montée sur une moto (m'a-t-elle expliqué après coup). Je vous laisse imaginer son désespoir, en équilibre sur un bout de selle, entre son sac qui risquait de glisser et de tomber, et Gustavo, qu'elle ne savait pas par où tenir !! Elle riait, d'un rire jaune et nerveux. La pauvre... Mais elle a assuré comme un chef et est arrivée entière ! Ce qui était loin d'être évident quand on sait que le trajet a duré presque 1/4 d'heure sur des "routes" faites de pavés ronds.
Burlesque. Mais quel souvenir !
A peine arrivées et les bagages descendus, Gustavo nous présente son épouse Myslaidis ainsi que ses enfants, Alexander et Isabella. Gustavo nous annonce qu'ils ont l'habitude de recevoir du monde, et que le premier jour, le repas est préparé d'office. Et surtout, que le premier repas est spécial.
Tant mieux. Au moins, ce soir, on mangera !
Nous confirmons les tarifs avec eux : 20 cuc la chambre pour 2 par nuit - 3,50 cuc le petit déjeuner - 7 cuc le repas (au lieu de 5 cuc demandés). Tant pis. On verra les prochains soirs. Pour l'instant, moment d'installation puis de détente et de douceur grâce à une douche. Surprise : à Trinidad, l'eau est tiède et le jet d'eau est fin, sans pression. Je songe avec stupeur à la manière dont je me laverai les cheveux demain... Et si je ne me lavais pas les cheveux... Si j'optais pour les tresses qui tournicotent d'elle-mêmes quand on ne se coiffe pas ?
Mais cela ne sera pas possible car il fait chaud, car on transpire, car on pue... et qu'il faut bien admettre que l'on a besoin de se laver, et tant pis si le rinçage des cheveux n'est pas bien fait...
Notre premier repas special à Trinidad est composé de crevettes / riz, tomates, haricots verts / fromage cuit avec pâte de goyave / jus de fruits frais.
Comme à Habana, pas de dessert, pas de café.
Quoiqu'il en soit, ce repas est délicieux et nous sommes rassasiées.
William vient nous chercher à 20h30 pile poil... Mais nous, on est des filles et il nous faut le temps de se laver les dents, de se maquiller, de se coiffer, de vérifier, de confirmer, d'approuver...
Enfin nous sortons de la casa.
Nous nous retrouvons tous les 3, finalement très intimidés pendant quelques secondes, ne sachant pas trop quoi dire à l'un ou à l'autre... Si j'avais su parler espgnol, j'aurais pu engager la conversation sur Juanito... Seule Valérie peut y prétendre, mais elle ne connait pas Juanito...
Je lui ai bien expliqué auparavant comment J'ai "connu" Juanito (par l'intermédiaire de Cyril et Isabelle que j'embrasse) mais elle s'acharne à penser que William est un Jinetero.
Plusieurs fois, nous allons essayé de tirer au clair l'explication du Jinetero... Pour moi un Jinetero est un cubain qui sert d'intermédiaire uniquement pour amener les touristes à divers services proposés par d'autres cubains (ce qui lui permet de toucher des commissions dessus). Pour Valérie un Jinetero est un cubain qui propose des services aux tourismes et qui se sert au passage d'une commission. Bref. On n'a pas réussi à se mettre d'accord sur ce point.
Avec William, qui sera notre guide pendant notre séjour à Trinidad, nous déambulons dans les rues de Trinidad. Partout on entend de la musique. La musique de l'unique chaîne de télé, la musique d'un CD, la musique d'un groupe... Nous terminerons la soirée au "Palanque", qui est un bar dansant, où l'animation est assurée par des groupes live.
01h00 : heure approximative de couchage.
Nous sommes très fatiguées.
Je suis enchantée.
C'est la première fois que je danse à Cuba.
Avec des Cubains.
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