A 8h30, nous sommes debout, prêtes à engloutir un fameux petit déjeuner, avec à volonté : café, lait, miel, pain cubain frais, fruits frais, jus d'orange pressé frais, oeufs au plat, petit gateau "fait-maison" cuisiné à base de cannelle.
Tout est absolument TRES bon. Nous sommes repues.
Le temps de terminer de nous préparer, nous partons à la cadeca afin de changer nos derniers euros en cuc.
La veille au soir, Valérie et William s'étaient mis d'accord pour une journée balade à cheval et baignade dans des cascades. Prix proposé à 13 cuc par personne, au lieu de 15 cuc réellement. William confirme que tout est compris dans ce prix : la balade à cheval, la baignade, le pique nique du midi... Tout ! Nous devons simplement apporter une bouteille de coca-cola.
Je vérifie sur mon guide du routard : il existe effectivement une balade à cheval à 5 km aux environs de Trinidad organisée sur 5 heures. Cela devrait bien être celle-ci.
A 10h30 nous rejoignons William... Finalement, après explications plus détaillées à Valérie, il ne s'agit pas de la balade vue dans le guide.
Nous partons directement de Trinidad à cheval.
Bon...
Sur le coup des 11h00, nous retrouvons Hector (un ami cubain de William) accompagné de Sarah (en vacances à Cuba depuis 3 semaines). Nous serons donc 5 pour cette journée. Tant mieux. Plus on est de fous, plus on rit !
Hector et moi sommes les deux seuls à ne pas savoir monter à cheval, et à craindre légèrement ce trajet en pleine nature.
Nous arrivons au point de rendez-vous : à la sortie de Trinidad. Quatre chevaux sont attelés. Nous sommes cinq : il en manque un (et oui, les maths peuvent servir quelquefois). Et dire qu'il y a quatre CHEVAUX serait un abus de langage... Quatre animaux, petits et efflanqués, maigres, parfois blessés aux pattes, dont les oreilles sont en arrière, sont attachés à l'aide d'une corde effilochée à une barre en bois pourri qui dépasse d'une maison prête à tomber de fatigue.
Une conversation animée s'engage entre William et un cubain (qui devait apparemment prévoir cinq chevaux). Ils parlent très fort et très vite. Les chevaux relèvent et baissent les oreilles de plus belle, et piétinent sur place. Un autre cubain arrive avec le cinquème cheval... Terrible cheval qui se met à ruer et à sortir les dents.
Hector et moi décidons de nous protéger, et nous nous postons derrière une charrette, en cas de coup de sabot... Risible peut être, mais prévenant.
William et le trosième cubain reprennent une nouvelle discussion... Le troisième cubain repart avec sa carne hystérique pour revenir avec... une carne démontée. L'oeil vif a fait place à un oeil fatigué. Je pense qu'il vaut mieux un cheval vieux et fatigué que jeune et débordant de vitalité. Je n'ai pas passé de brevet de jokey et les cours d'équitation pris avec l'école quand j'étais au collège sont loin, tellement loin...
Le troisième cubain nous installe chacune notre tour sur notre monture préparée d'une selle et d'un mord relié avec une cordelette. Explication sur la conduite à tenir pour guider notre cheval : main droite sur le pommeau de la selle, main gauche tenant la cordelette. Le guidage se fait uniquement de la main gauche : geste vers la gauche pour que la monture tourne à gauche, geste vers la droite pour tourner à droite. Ca va. C'est simple. Faut quand même pas nous prendre pour des idiotes, même si on est française...
Et là les choses se compliquent (ah ! ces Françaises !)
Comment faire avancer un cheval ?
Je sais... Je sais... Il faut donner des coups de talon...
Mais comment fait-on pour toucher la bête ? Le bestiau est tellement efflanqué et maigre que nos jambes paraissent démesurément longues... Nous ne pouvons atteindre les flancs des chevaux avec nos pieds : nous donnons des coups de talon dans le vide !
Mais il y a une astuce : là-aussi il faut psst-pssiter les chevaux ! Et aussi cliqueter avec la langue de façon à produire des bruits bizarres avec la bouche. William joint le geste à la parole : effectivement ça marche. Le haut des oreilles du cheval remue, l'oeil s'ouvre un peu plus, et la jambe avance. Du coup, tous les chevaux se mettent en route... Branle bas de combat... Ca part partout... Les filles crient (AAAAAAAAAH !).... Très aigu, très énervant. Très vite je répère main droite et pommeau, main gauche et cordelette. Et tous mes cours d'équitation reviennent très vite : se tenir droite, bien assise dans sa selle comme dans un fauteuil (le fauteuil doit être vieux car on sent... des ressorts ?), se détendre (sinon c'est foutu), descendre les bras (pour ne pas lui tirer sur la bouche) ainsi que les talons (pour bien prendre possession des étriers).... D'ailleurs, où sont-ils les étriers ? Ah oui, un peu en-dessous de mes pieds... Pas top, mais on ne va pas s'arrêter pour si peu, surtout maintenant que nous sommes tous enfin partis...
Et là, bizarrement, je soupçonne les deux cubains qui nous ont amenés les chevaux de se moquer de nous... Je ne sais pas pourquoi... Juste un pressentiment, comme ça...
Il est midi. Il fait environ 28°. Nous sommes en plein soleil. Cette balade est "non-officielle", c'est à dire sans l'organisation d'un quelconque office de tourisme... soit sans aucune assurance... Nous n'avons pas de bombe (sur la tête !!!), pas de téléphone portable... Personne à part nous, ne sait où nous sommes et ce que nous allons faire. Et là commence à naître une petite angoisse : nos 2 cubains se font passer une bouteille de rhum qu'ils se sont achetés et commencent à se désaltérer goulûment. Comment cela va t-il se terminer ? Somme toute très bien... Cubains et rhum sont vieux amis depuis fort longtemps : l'un sans l'autre ne saurait vivre.
Pendant près de 2 heures, nous allons déambuler dans la brousse cubaine. Le paysage est magnifique. Extrêmement vallonné. Très sec. Et eux qui fument... Imaginez un été sec et torride en région paca : interdiction absolue même d'entrer dans les zones à risques !
On s'y fait très bien à nos montures... Clopin clopant, nous avançons dans la végétation qui nous griffe les jambes et les bras au passage. Nous n'entendons plus Hector (il a la trouille encore plus que moi !). Par contre, William chante des chansons d'amour... Pour qui ?...
C'est chouette ce sentiment de liberté. C'est en même temps rassurant et destressant.
Vers 14h00, William nous fait faire une petite halte dans une ferme... Trois cubains nous reçoivent tout sourire. Super sympas. Ils vont chercher des cannes à sucre, les pressent devant nous, en récoltent le jus, et nous confectionnent un cocktail digne de ce nom avec du rhum et de l'eau. Au moins 50 cl chacun !
Les verres sont propres : ils viennent juste d'être lavés dans l'eau du puits... Dire que nous devons boire de l'eau en bouteille cachetée...
L'un prend sa guitare, les autres... ce qui leur tombe sous la main (bâton, bouteille, ...) et en 30 secondes improvisation de salsa, de percussions avec guiri et claves... Le tout martelé du folklore dansant de nos deux Cubains, William et Hector. Super souvenir. Une demi-heure de bonheur absolu avec des choses simples. Des inconnus, de la musique, un lieu magique, un langage que je ne comprends pas... Cela me fait encore chaud au coeur.
Quand arrive la fin du spectacle, bien sûr on nous tend "le chapeau" : c'est à dire qu'on nous demande 5 cuc car nous avons consommé 5 verres ! Les deux Cubains attendent sans vergogne que nous payions leur verre aussi. Je réalise que nous avons été dupées par William.
Et comme dans un film, tout s'arrête. La bande vidéo dérape, le son se coupe et la dure réalité revient à grand pas : fric, argent, billet... dinero !
Et flûte ! Dommage que la fin du film soit gâchée ! Dommage que William ne nous ait pas averties ! Ce n'est pas de payer les 5 cuc qui nous prend la tête. Mais ce sacré système où tout tourne autour de l'argent. Faire plaisir au touriste : il a de l'argent pour toi. Bien sûr. C'est donnant donnant. C'est normal. Mais il y a une façon de présenter les choses. Valérie tentera d'expliquer à William que pour nous, ce n'était pas prévu... Heureusement que nous avions les 5 cuc sur nous ! Dire que j'ai failli ne rien prendre avec moi ! Mais William ne comprendra pas. Il fera même la tête pendant 10 minutes car lui croyait nous faire plaisir. Quelle M... ces quiproquos...
Nous reprenons notre chemin, ainsi que notre cheval, reposé. Nous changeons de paysage. Nous traversons maintenant de grandes prairies, partiellement délimitées, et croisons le passage de vaches, taureaux, chêvres, chevaux, ânes, chiens, paysans... Tout le monde fait bon ménage. Incroyable. Quelle leçon de savoir-vivre.
15h00 : enfin nous sommes à la cascade.
Nous avons traversé une espèce de jungle pendant plus de quinze minutes, et là, au beau milieu de nulle part, une immense grotte avec des stalagtites. Un grand lit d'une ancienne rivière descend contre les parois de la grotte (la casacade !) et vient se jeter dans l'une des retenues d'eau naturelles. Les chevaux sont laissés au bord de l'eau, à l'ombre. Eux en profitent pour brouter, car l'herbe est verte ici. Une herbe abondante et très luxuriante, verte et grasse.
Les bruits sont ceux de la jungle. Ecoutez les films de Tarzan l'homme singe avec Johnny Weissmuler. Il ne manquait plus que Cheeta. Car nous avions Tarzan : notre super William qui a escaladé une partie de la paroie de la grotte, à mains nues, le tout agrémenté d'un superbe plongeon dans l'eau sombre de la grotte. Sarah a ensuite fait Jane... Hector, Valérie et moi les avons soutenus en les applaudissant à tout rompre. Comme il fait très chaud, que nous sommes brûlants, moites et puants, nous sommes tous d'accord pour se baigner et se rafraichir avant de déjeuner, même si nous avons très faim (il est 15h30 passées...). L'eau douce est gelée. Faut dire qu'à l'extérieur il fait très chaud ! L'eau est très sombre à cause du reflet des voûtes de la grotte au-dessus d'elle et pas forcément très limpide : je ne vois pas mes jambes quand je nage. Souhaitant pousser l'aventure jusqu'au bout, je m'enhardis à nager jusqu'au fond de la grotte. Il y a un espèce de passage, peut être souterrain, dans le fond. Mais là, je n'ose pas y aller. Le trou d'eau doit être profond (quelques dizaines de mètres nous dira-t-on plus tard). Cette eau sombre m'impressionne. Retour auprès des autres.
En sortant de l'eau, ma conscience me remémore les quelques lignes très importantes du routard lues encore quelques jours auparavant : "ne pas se baigner dans l'eau douce : cette eau généralement croupie risque de vous laisser quelques traces... entre les parasites, les microbes et les divers habitants vivant dans ce trou d'eau... "
Et bien, voilà, c'est fait. Encore un truc qu'il ne fallait surtout pas faire. Figurez-vous que Valérie et moi sommes super soniques : nous sommes toujours vivantes et pas encore changées en martienne... Sauf que j'ai une grosse plaque rouge au bas de la fesse gauche. Ca brûle. Ca démange. Serait-ce un poisson cubain glouton qui se serait dit "bisance" ?
Notre déjeuner est simple : un pain cubain (style pain mac do sans les petites graines) avec 2 petites tranches fines d'un jambon cru épais.
Nos cubains trinquent au rhum. Nous, au coca-cola.
Avant le départ, Valérie et moi réunissons les ordures que ces messieurs ont laissées par terre et jugées sans intérêt à être ramassées. La polution n'atteint pas encore les discussions à Cuba ?
Le retour se fait sans encombre en 2h30 environ. Les chevaux sont heureux de rentrer, nos bouteilles d'eau (et de rhum) sont vides, nos peaux rougies et nos fessiers endoloris, sans compter le bas de ma fesse gauche qui brûle toujours..
Les mots à retenir sont :
"caballoooooooooooo !" et "yeguaaaaaaaaaa!"
Ce qui veut dire "Chevaaaaaaaaaaal" et "jumeeeeeeeeennnnnnnnt" pour avancer.
Nous arrivons sur Trinidad après 18h30... 2h30 de retard pour Hector qui, apprend-on, devait travailler à 16h00 ! Je lui demande s'il risque d'être licencié ou de recevoir un avertissement. Il éclate de rire. Mais non. Pourquoi donc ??
Ben ouais. Pourquoi donc ?? Sans déconner (oups !) ...
Le soir, Valérie me signale que notre rando de ce jour nous a fait découvrir "la valle de los ingenios".
Notre second diner à la casa de Gustavo et Myslaidis. Toujours très copieux. Cela tombe bien car je meurs de faim... Et la douche n'a rien arrangé ! Mon estomac crie famine !
Ce soir, nous mangerons des fruits frais (présentés comme une entrée), des crudités (choux blanc et rondelles de tomates assaisonnées d'une fine eau citronnée), du riz mélangé à des haricots rouges (spécialité cubaine quotidienne) et du poisson pané frit.
Pas de produits laitiers, pas de dessert, pas de café.
Mais ce n'est pas fini. Puisqu'après la journée, il y a la soirée. Et oui.
Nous ratons notre rendez-vous du soir avec William, notre petit guide : nous nous perdons lamentablement dans les rues de Trinidad. Et pourtant ce n'est pas grans.
Il faut savoir que tout ce qui a été mis en place (lieux et horaires de RV) a été fait en espagnol entre William et Valérie. J'ai donc beaucoup suivi plus que décidé. Malheureusement, ceux qui décidaient n'étaient apparemment pas toujours sur les mêmes ondes... Allo la Terre ???
Et ce soir, Valérie a zappé l'itinéraire, voire le lieu exact ? Je ne le saurai jamais puisque je ne demande plus rien... Enfin, nous récupérons William avec un quart d'heure de retard. Tronche de William pendant le quart d'heure suivant (décidément, l'est susceptible ce p'tit bonhomme !). Puis, enfin, tout repart avec le sourire.
En premier lieu, nous nous arrêtons à la Casa de la Trova (entrée 1 cuc pour les touristes - boisson 2 cuc). Des groupes traditionnels se produisent là-bas tous les soirs de la semaine sur toute l'année (son, chachacha, timba...). Tous se connaissent. Ces différents groupes "tournent" dans les différents endroits festifs de Trinidad tous les 3/4 d'heure environ... Somme toute, tous les groupes défilent chacun leur tour un peu partout.
Et là, j'ai une question bien FRANCAISE : la SACEM serait bien dans l'embarras pour faire valoir son droit de veto dans ce genre d'organisation...
Après la Casa de la Trova, le Palanque. Le Palanque deviendra ensuite un point de chute fort utile pour chercher et trouver quelqu'un car l'entrée est gratuite. Et puis, à force d'y aller, le patron nous reconnait et nous dit si les personnes que nous cherchons sont là ou autre part. Très utile. Du coup, tout Trinidad sait où tu étais, avec qui, et combien de temps. Plus besoin de détective privé. Encore plus pratique.
Au Palenque, nous retrouvons le même système qu'à la Casa de la Trova : défilé des groupes de musiciens et chanteurs. Ici une boisson équivaut à 2,50 cuc (je parle bien des refrescos comme jus de fruit ou cola local). Car il y a plus cher. Un mojito coûte 4,50 cuc. Notons quand même que 1 euro = 1,17 cuc... Allez boire un mojito en France à 4 euros ?
Nous confirmons aussi ce soir que nous payons pour les cubains : au plus les touristes sont entourés de cubains, au plus ils sont acceptés, au plus ils auront accès à des endroits "plus typiques", au plus ils seront "gardés" et "pas psst-psstés"...
Mais au plus ils paieront consommations, repas, taxis, entrées...Question de feeling...
Nous terminons la soirée à la Casa de la Musica, en haut des escaliers... Endroit appelé plus communément "las escalinatas".
Plus de groupe, mais des CD. Plus de son traditionnel, mais de la salsa actuelle, du reggaeton, de la conga...
Il n'y a pas d'entrée à payer, et on ne vient pas "sur nous" pour nous pousser à la consommation tant que nous restons sur les marches, et que nous ne nous asseyons pas aux tables sur la terrasse. C'est normal. Deux bars sont à disposition.
Pas de chapeau non plus pour les pourboires, pas de ventes de CD du groupe...
Et surtout de très bon danseurs.
Dommage que Valérie n'ait pas le même regard que moi sur la salsa. C'est ce qui m'aura manqué pendant ce séjour.
Nous conserverons nos habitudes cubaines maintenant bien établies, et nous coucherons vers 1h30 du matin.
La journée a été excellente et riche en émotions.
Vivement demain.
Rafael Decampos
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