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Cette journée sera une journée toute en douceur... Je commence à comprendre le quotidien à Cuba, à Trinidad... Comme d'habitude, nous prenons notre petit déjeuner dehors, tranquillement, tout en saveurs et en couleurs...
Nous occuperons notre fin de matinée à nous rendre au point VIAZUL, service de bus, afin de nous procurer notre billet de retour sur Havana. Nous sommes très en avance dans la réservation : Valérie et moi sommes les premières de la liste. C'est vrai que nous ne repartons que Mercredi, soit dans 4 jours ! Mais mieux vaut tenir que courrir ! Nous avons vu à Havana ce que celà donne quand on s'y prend à la dernière minute.
Notre billet VIAZUL en poche, nous nous baladons dans les rues de Trinidad, nous nous perdons dans les interminables petits marchés artisanaux et visitons les magasins pour les touristes, c'est à dire ceux où l'on vend des tee shirts, chapeaux, drapeaux... et autres effigies aux images de Cuba, du Che, des percussions...
Les marchés provençaux sont franchement typiques : j'ai retrouvé plus ou moins les mêmes stands dans toutes les rues de Trinidad. Ce qui est le plus présenté à la vente sont les grands pièces de tissus blancs cassés ou crèmes (draps, nappes, napperons), en tissus plein ou en dentelle. Remarquable travail : tout est fait à la main. Les fameuses chemises en coton pour les hommes et les ensembles en dentelle (en coton aussi) pour les femmes sont magnifiques. J'ai bien envie d'en acheter mais les prix m'en otent l'envie. Encore plus chers qu'en France ! C'est étonnant quand on pense à leur vie, leur monnaie, leurs droits - leurs pas-droits - ... C'est vraiment bizarre cette richesse qu'ils ont au bout des doigts et dont ils ne peuvent pas jouir. Plus loin, c'est l'art déco ! Une multitude de petits objets plus ou moins insolites, extrêmement colorés, jonchent les étales. Tout est beau. Mais c'est beau parce que c'est là, dehors, au soleil, à Trinidad. Chez moi, rien n'aurait sa place ! Dommage. Valérie rencontre une vieille dame qui lui propose d'acheter un collier fait de graines et de coquillages vernis. Une grande conversation s'engage : c'est promis. Mardi, la veille de notre départ, Valérie lui achètera ses 5 colliers. La vieille dame a une lueur dans les yeux et tout son visage buriné se plisse : elle sourit. Elle n'a presque plus de dents. Sourire de bienveillance, sourire d'espoir, sourire de remerciement ? Allez savoir... Et puis, c'est à mon tour de me faire accoster : une marchande me propose un échange d'un de mes tee-shirts contre un objet de son étalage. Cette femme doit avoir 45 ans peut-être ? Elle est très belle et son regard est perçant, fier. Même gênant. Je lui explique tantôt en espagnol, tantôt en anglais, que je reviendrai (moi aussi mardi, la veille notre départ) pour cet échange que j'accepte. Elle me donne son prénom (mille pardons envers cette dame car j'ai oublié son prénom aujourd'hui) afin que je la retrouve sur le marché, mais elle m'assure qu'elle est toujours au même endroit et qu'elle aussi saura me retrouver. Je lui donne aussi mon prénom (à Cuba, je m'appelle Sylvia). Nous nous embrassons, nous souhaitons une bonne continuation, puis Valérie et moi repartons en direction de la Canchanchara. Nous retrouvons Williams avec qui nous nous étions donné rendez-vous. Nous profitons de nous arrêter quelques instants à la Canchanchara afin de retrouver le groupe SON TRINITARIO. Tout le monde est content de nous revoir. Nous arrivons au bon moment car la musique reprend bon train. Williams nous propose une grande après-midi à la plage, après-midi que nous terminerons sous les feux d'un magnifique coucher de soleil. D'emblée, Valérie et moi acceptons. Williams en touche deux mots à Osmel : on se retrouvera tous là-bas !
En repartant de la Canchanchara, nous nous arrêtons à une fenêtre d'une casa pour commander notre traditionnel sandwich au poisson frit. Nous retournons à notre casa, chez Gustavo y Myslaidis, pour préparer notre sac de plage : maillot de bain, serviette, crème solaire anti uv indice 20, casquette, produits anti-moustiques-et-multiples-petites-bêtes-qui-piquent-en-fin-de-journée-à-la-plage-sur-le-sable-aux-Caraïbes, mais aussi eau (1 litre chacune) et fruits du matin que nous avions conservés (4 petites bananes au goût très fruité) ainsi que les copies de nos papiers. Williams n'a pas de maillot mais son short fera l'affaire. Il n'a pas non plus de serviette, alors Valérie se dévoue et lui prête son voile de bain. Et nous voilà partis.
Pour 5 cuc le trajet à 3 (toujours payés à 2 !), nous partons à l'aventure en coco-taxi en direction de la plage Ancon. Très rigolo. Un coco-taxi est un deux roues à moteur, avec un conducteur et avec une cabine : on peut s'entasser autant qu'on veut... Tant que cela tient ! Nous, nous serons 3. Ce qui est déjà bien !
La route est faite de trous et de bosses, ce qui fait que nous sommes ballotés dans tous les sens. Surtout, ne pas contre-carrer le mouvement car nous risquerions de nous taper les uns sur les autres. Nous sommes donc collés tous les trois par les épaules les uns contre les autres. Ensemble, nous nous tapons régulièrement contre le bord de la cabine intérieure du coco-taxi sur la gauche, sur la droite, sur le haut.. Williams, très judicieusement installé entre nous, ne se cogne pas. Il est même protégé par nos formes. Et Monsieur chante. Valérie pleure tellement elle rit. Dans la chanson de Williams, j'entends des mots comme Belinda, manga, bella... Je comprendrai bien plus tard que Monsieur se ventait d'avoir deux femmes pour lui tout seul... Ben voyons.
En 20 minutes de trajet, nous arrivons à la plage Ancon. Superbe plage, agrémenté d'un magnifique complexe hotelier pour touristes. L'horreur. J'ai déjà vu ce décor bar / plage privée pas bien loin de chez moi en France...
En fait, il s'agit juste de tourner le dos à CELA, de dérouler sa serviette sur le sable fin et blanc, de s'y allonger et de regarder la mer.
Certes, aujourd'hui le ciel est nuageux : la mer est de couleur sombre, grisâtre. Zut. Et l'eau bleue, alors ?
Malgré cela, l'eau est chaude. En moins de 2 secondes, je suis dans l'eau. Il est un peu plus de 16h00 mais il fait très très chaud, et le soleil tape aussi très fort. Nous terminons péniblement l'après-midi à coup de bouteille d'eau, de crême solaire, de soleil dans les yeux et de lunettes de soleil, de baignades... Williams nous assomme d'histoires sur ces hommes cubains qui trempent dans l'eau avec de l'eau jusqu'à la poitrine, le regard tourné vers la plage, les bras dans l'eau. Il nous fera hurler de rire en nous expliquant que ces messieurs répondent à l'éveil de la nature (leur nature ?) : leurs corps tout en émoi face aux jolies touristes vibrerait de folie et demanderait à être rassasié... Etant seuls et dans l'eau, ils se rassasient alors tout seuls...
Cet fin d'après midi est difficile : nos mâchoires sont bloquées tellement nous rions. Valérie et moi nous demandons si nous devons nous baigner dans une eau polluée ou si nous devons nous déssécher au soleil ? La mer étant grande, nous estimons qu'il y a de la place pour tout le monde, les pollueurs et les autres.
Petit à petit, la plage se vide. Il n'est que 18h00 et pourtant le soleil ne va pas tarder à se coucher. C'est d'ailleurs à ce moment de la journée que certains animaux viennent à leur tour sur la plage. Nous, nous avons la joie et l'honneur d'assister un désensablement d'un petit crabe. Je filme la sortie nocturne de Monsieur Crabe. Environ 20 minutes de film. Inintéressant au possible. Surtout qu'un crabe cubain ne parle pas le français : en plus on n'a rien à se dire. Il me le fera comprendre en remuant ses deux pinces blanches vers le ciel et en remuant ses gros yeux noirs dans tous les sens. Insensé. Un crabe est universel. Un crabe cubain marche comme un crabe français. Grosse découverte. L'émotion est à son comble.
Soudain, calme plat : la plage est déserte. Il n'y a plus que nous trois (le crabe s'est décidé à partir). La lumière se fait plus sombre, plus orangée, plus rouge... puis plus rien du tout... Le soleil est couché. Et voilà.
Il est 19h00. Nous voulons rentrer sur Trinidad. Mais il n'y a plus de coco-taxis. Williams nous annonce qu'effectivement, après 18h00, les coco-taxis repartent. C'est quand même bien de le savoir. Le mieux aurait été de le savoir avant 18h00. Mais Williams-le-débrouillard nous fait apparaître comme par magie un taxi, avec son chauffeur. Trop fort ce William. Prix entendu pour 6 cuc pour nous 3 (toujours payable à 2, bien sûr). Nous montons à l'arrière du véhicule et nous installons sur la banquette déchiquetée. Cela pique les dessous des cuisses. Je mets ma serviette de plage sous les fesses... On ne sait jamais avec les bêtes des Caraïbes... Au moment où nous allions démarrer, un cubain demande au chauffeur de taxi s'il peut l'emmener aussi. Le chauffeur nous demande alors, à Valérie et à moi, la permission de le prendre. Valérie lui dit d'accord, mais on ne paie pas plus des 6 cuc prévus initialement. Non, non. Pas de problème. Et qui sait si c'était pas déjà prévu dans ces 6 cuc ?
Le retour se termine dans la nuit. Super sympa cette sensation de bien être : vacances, j'oublie tout...
Avec William, nous réagissons sur le fait qu'Osmel ne nous a pas rejoint comme il nous l'avait assuré. Ce sera son premier lapin.
Exceptionnellement, ce soir, nous ne mangerons pas chez nos logeurs, mais dans un endroit réservé aux cubains. Pendant ce repas, je me suis sentie très mal à l'aise. En guise de pièce pour manger, quatre murs blancs. Des toiles cirées à carreaux rouges et blancs sur les 7 tables carrées. Aucune décoration. Pauvreté absolue. Précarité voyante. Pas de menu. On mange ce qu'il y a. D'ailleurs, on mange très bien. Valérie et moi sommes les deux seules étrangères. Toutes les autres personnes sont cubaines. Je sens qu'on nous dévisage du coin de l'oeil. Aucune antipathie. Juste de la curiosité peut être ? A trois, nous mangerons pour 3 cuc (l'équivalent de 0,69 pesos cubains) un repas complet : des hors d'oeuvres assaisonnés d'une fine vignaigrette citronnée, 1/4 de poulet rôti accompagné de riz, des fruits coupés en morceaux.
Le repas terminé, nous nous donnons rendez-vous dans une heure environ au Palanque. Valérie et moi voulons nous doucher.
Un super groupe est au Palenque. C'est une fille qui chante. Elle a un corps charnu et voluptueux. Mais sa voix est chaude, grave, magnifique. Le concert se terminera sur la chanson del commandante El Che Guevara. 10 cm de poils levés sur les bras tellement c'est fort en émotion. Je ne sais plus si c'est la chanson, si c'est la fille. En tout cas, c'est magique. Mais dans ses yeux, je sais que je ne fais pas partie de son peuple. Elle me le dit.
Nous n'irons pas aux escaliers ce soir : Williams nous explique que le samedi soir, l'ambiance est différente des autres jours. Beaucoup de garçons fêtent la fin de la semaine et boivent plus que de coutume (j'ai du mal à imaginer ce qu'il peuvent alors ingurgiter de plus... déjà les autres soirs, c'était impressionnant). Williams nous assure que cela tourne souvent à la bagarre surtout quand il y a des filles au milieu...
Ah bon, ici aussi !
Je suis déçue : tous les guides de Cuba, tous les forums disaient que le samedi soir était très important et très festif, que le peuple sortait et s'habillait sur son trente-et-un, que l'ambiance battait son plein, que c'était génial, que... Et bien pas pour nous. Nous terminerons notre petit soirée au Palanque, vidé de ses derniers clients.
Nous nous couchons vers 1h30. J'ai un immense sentiment de solitude. Ma petite famille me manque. La fête me manque. La danse me manque.
Demain sera un autre jour.
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