CUBA : tu me gustas mucho...
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Mon premier voyage hors CEE.. Voyage tant espéré et tant attendu, celui de la musique, de la danse, de la salsa... Bienvenido a Cuba, la grande isla !

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    lundi 5 mars 2007 - Jour 9 - LA SANTERIA

     

    Aujourd'hui, absolument rien de prévu... Si ce n'est de déambuler dans les rues de Trinidad pour revoir les marchés artisanaux, effectuer nos achats souvenirs (tee-shirts, bracelets), prendre des clichés de la ville... Bref relâche complète.

    Nous conservons notre système quant aux repas : énorme petit déjeuner à la casa, sandwich "mac do cubain" pour 1,25 cuc. Je me sens très fatiguée. Ca doit être le second effet kiss cool quand on n'a pas l'habitude de boire !

    Nous passons l'après midi à discuter de la vie cubaine avec William et Luis. Nous connaissons un peu mieux la vie de William. Luis nous explique la sienne, en anglais pour je comprenne. Merci Luis.

    Luis est artiste-peintre. Quelques années auparavant, il jouait des percussions dans un groupe. Groupe qui s'est séparé. Depuis Luis s'est juré qu'il ne jouerait plus, mais qu'il se consacrerait à part entière à son art premier : la peinture. Il est obligé d'acheter sur le marché noir la peinture car celle-ci coûte trop cher en magasin d'état. Il n'a besoin que de 3 couleurs : le noir, le blanc et le brun couleur sienne. Pour son vernis, il cultive chez lui une plante, qu'il émiette en la mélangeant à un autre produit... La mixture en réaction chimique devient alors ce vernis final qui lui permet de terminer ses tableaux. Sa peinture le fait vivre. Luis a 40 ans et est grand père d'une petite fille. Sa fille et sa petite fille vivent chez son ex-femme, dont Luis est séparé. Ainsi va la vie à Cuba. Les mariages se font et se défont très vite. L'avenir n'existe pas. Impossible de toute façon de prévoir. Tout est tellement incertain...

    Luis sait que le peuple cubain est ficelé et n'a droit à rien qui ne soit consenti par Fidel. Il lui en veut d'atteindre sa propre vie de cette façon. "C'est ma vie. Il ne devrait y avoir que moi à faire des choix pour mon destin. Je devrais pouvoir faire ce que je veux avec ma vie." (traduit de l'anglais) Luis est très amer. C'est un grand philosophe. En peu de temps, il nous a dit tellement de choses fondées. Qui a dit que les Cubains ne savaient pas ? Bien sûr que si ils savent... Politique, Economie,...Ils savent. Tout. Mais ils ne peuvent le dire. Alors ils se débrouillent. C'est la "mécanica"... Encore une leçon pour nous les européens qui avons le droit de liberté, de pensée... et qui nous plaignons encore et encore...

    Luis a pour religion la santeria : religion africaine. Les orishas, les divinités,... tellement à dire et à expliquer... Je vous suggère de préférer un bon bouquin plutôt que mes explications trop maigres et tellement confuses. Il m'a expliqué des heures durant la santéria... Je n'avais qu'à fermer les yeux et ses mots se transformaient en images. Sa voix était en même temps grave et douce, vibrante et appaisante, chaude et puissante. Il a su guider mon esprit pour que je le comprenne. Il m'a fait visiter son exposition de tableaux : sa gestuel, son dessin, reflètent les mots qu'il m'a dit pour m'expliquer sa vie, sa religion, sa force. Il m'a présenté une jeune fille qui se préparait à entrer dans le soleil (le monde adulte au sens religieux du terme) et qui devait suivre un chemin de foi durant 3 jours. Elle était tout de blanc vêtu, signe de sa préparation à entrer dans le soleil. Elle avait l'air absente. Comme si elle était hypnotisée.

    La nuit commence à tomber... Je suis sous le choc. Je me sens un peu bizzare aussi. Tous ces détails que j'ai reçu tout d'un coup... C'est à la limite effrayant...

    William et Luis nous proposent d'aller diner dans un paladare. Valérie et moi acceptons. Nous avons bien compris que nous payerons pour eux aussi. Mais ce soir, cela ne nous indispose pas.

    Nous nous donnons rendez-vous dans 1h30, le temps de se reposer un peu et de se préparer.

    Le paladare (je n'ai jamais su son nom) est surprenant. Nous traversons la maison pour arriver dans le jardin (patio). Un énorme arbre certainement bi-centenaire terminer le patio. Nous sommes servis comme dans un restaurant cette fois. Rien à voir avec la casa où William nous avait emmenées quelques jours auparavant. Le repas quant à lui reste pratiquement identique à tous ceux que nous connaissons : fruits coupés, hors d'oeuvres et crudités, poisson frit ou poulet, riz et gros haricots rouges. Coût par personne : 6 cuc.

    Ce soir, c'est au Teatro que nous allons. Nous assistons à un spectacle sur la santeria. Clin d'oeil de Luis : il a vu que je n'étais pas insensible à cette religion. Peut être plus par curiosité de ma part que par conviction. Mais tout de même. Le spectacle est magnifique. Toutes les divinités sont représentées. Les costumes sont chatoyants. Les peaux noires font ressortir les couleurs et donnent un air tribal au spectacle. Luis tente de m'expliquer qui est qui et qui fait quoi et pourquoi... J'ai un peu la grosse tête (tout m'est expliqué en anglais) et le spectacle dure presque 1h30. Sur la lancée nous avons ensuite droit à des exercices surhumains de couteaux coupants passés sur la langue sans couper la langue, de pointes enfoncées dans le ventre sans percer le ventre, de feu dans la bouche sans brûler la bouche... Puis la troupe attrappe quelques touristes pour les emmener un par un, chacun leur tour sur scène, et leur faire mimer et danser quelques secondes une partie du spectacle avec eux... J'ai été la dernière personne à être emportée sur scène avec eux. Le danseur m'a fait exécuter par mimétisme une danse qui m'a parue plutôt être un message à quelque chose, représentative d'une espèce de début de transe... Quand il m'a ramenée au groupe, avec Valérie, William et Luis, ce dernier avait un sourire jusqu'aux oreilles... Je le soupçonne d'avoir tenté me déstabiliser !

    Le groupe de Santéria salue et part sous les applaudissements. Puis arrivent des musiciens. Nous aurons ainsi droit à une petite heure de salsa. Danser me fait du bien. J'ai besoin de digérer la santéria. Et c'est pas facile car on dirait qu'elle s'est inscrustée dans moi.

    Après le groupe, arrive un chanteur habillé du style Claude François cubain... Et là, avec Valérie, c'est l'éclat de rire ! En guise d'orchestre un cd au son extrêmement mauvais passé sur un lecteur... En guise de chant, sa voix dans un micro mal réglé... La voix et la musique ne s'accordent pas... Tout est dégenté en cette fin de soirée... Il est temps de dormir.

    Je me couche avec cette sensation de "bizzare". Des images vont venir dans mon esprit toute la nuit. Soit c'est encore l'alcool (mais là, je supporterai vraiment mal l'alcool depuis hier soir), soit c'est l'histoire de la santéria qui m'a profondément touchée.

    Nous commençons à comprendre Cuba...


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